…jour, 158

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Robert Franck, for the glory of the wind and the water (1976)

“Il va méditer sur les ruines des empires, il oublie qu’il est lui-même une ruine encore plus chancelante, et qu’il sera tombé avant ces débris. Ce qui achève de rendre notre vie le songe d’une ombre, c’est que nous ne pouvons pas même espérer de vivre longtemps dans le souvenir de nos amis, puisque leur cœur où s’est gravée notre image, est comme l’objet dont il retient les traits, une argile sujette à se dissoudre.”

Chateaubriand, Voyage en Italie, cité par Jean-Louis Chrétien, dans Fragilité,

Les Éditions de Minuit, 2017

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…jour, 150

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Sasa Gyoker, 2016

« Ce n’est pas le matin, ce n’est pas le soir. C’est entre matin et soir. Un peu de matin, un peu de soir. De la corde, je ne vois que le balbutiement du linge. La main seule, et suspendue. Elle se balance avec les terrasses et leur chaux. Je vais sentir peut-être l’odeur de la main car elle est proche de celle de la chaux et sentir derrière elle, celle qui ne dort pas dans un lit. Rien qu’une main. Je verse du thé et la main tendue tend le verre pour que les doigts touchent les doigts. La bague se noue à mes lèvres. Et je manque de m’asseoir dans le silence. Pourquoi la main, la bague, le verre ? Un chemin de la main à la main. Incident entre main et main. La main a abandonné la lune hors de la chambre. Moi je sens l’odeur du henné. Une branche fond dans ma voix. Un peu de main dans ma bouche ou sa bouche. Je livre la main pour qu’elle soit plus haute que ma poitrine. Le thé brûle. Le henné, la chaux. Ma tête paisible sur terre. Je passe la main sur la main. La main sans livre parce qu’elle est main dans la main. Et la langue sur la peau. Elle tête pour ne pas dormir. Un peu de henné, un peu de gémissement. La main qui tendait le verre ne l’a pas encore rendu. Jeu passionnant. Le verre. Quand je me suis étendu par terre, j’ai saisi une main et le verre est parti en flammes. Ma main sur la peau. Silence, langue, relâchement des organes. La poitrine se penche sans avoir l’air de se pencher. Un arbre tourne autour de moi. Piliers de marbre et nous sur une natte. Peau brune qui se dénude. Demi-sommeil entre deux cités. Appel d’en bas. Intense soulèvement. De la terre jusqu’à la terre. Nul objet n’abandonne l’objet. Deux ravages. Ils s’ouvrent dans la tempête des choses. Se laissent, se rencontrent. Dans tous les sens. Rôle que j’avais oublié. Sur ma main ou sur la sienne. Violences vos déchirures. Perte des organes. Entre un peu de matin, un peu de soir. Le verre vole en éclats. Hurlement. Maître du silence et maître du vide. »

Pour toi, Mohammed Bennis

© Dâr Toubkal lil-nashr trad. Bernard Noël, © éditions Al-Manar
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dazed, Thobias Malmberg

…jour, 148

Trois oiseaux, du métal étincelant et quelques pensées en forme de discipline

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The Geometric Poem, 1966-Gregory Corso  

« Gregory était un jeune dur du Lower East Side, qui s’est envolé comme un ange par-desssus les toits, chantant des chansons italiennes douces comme celles de Caruso et Sinatra, mais en « paroles ». « Douces collines de Milan » couvent dans son âme de la Renaissance, le soir descend sur les collines. Étonnant et magnifique Gregory Corso, le seul et unique Gregory Corso le Héraut. Lisez lentement et ouvrez les yeux », a écrit Jack Kerouac, qui considéra très justement Allen Ginsberg et Gregory Corso, comme les deux meilleurs poètes américains de leur temps – lire la suite par ici

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Benjamin et Isidore Juveneton

…le geste nu, 8

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© H. Watanabe

The song of wandering Aengus

« 

J’allai jusqu’au bois de noisetier

poussé par un feu dans mon cœur

Je taillai une ligne de noisetier

Et pendis une baie à mon fil

Et quand les phalènes reprirent leur vol

Et les étoiles filantes leurs sauts

Je plongeai la baie dans le torrent

Jusqu’à y prendre une truite d’argent

Quand je l’eus posée là par terre

J’allai pour remettre le feu en flammes

Mais quelque chose bruissait là par terre

Et quelqu’un appela mon nom :

Ce fut soudain une pétillante fille

Des fleurs de pommier aux cheveux

Qui appela mon nom puis s’en fut

Disparut dans les brumes de l’aube

Or bien que vieilli de voyages

Par basse terres et hautes terres

Je trouverai où elle se cache

J’aurai ses lèvres prendrai ses mains

Et j’irai le long des longues herbes mures

Cueillant jusqu’au bout du temps et des temps

Les pommes d’argent de la lune

Les pommes dorées du soleil

. »

La chanson du voyageur Aengus, William Butler Yeats

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© écriture de poète, manuscrit WBY