…le geste nu, 8

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© H. Watanabe

The song of wandering Aengus

« 

J’allai jusqu’au bois de noisetier

poussé par un feu dans mon cœur

Je taillai une ligne de noisetier

Et pendis une baie à mon fil

Et quand les phalènes reprirent leur vol

Et les étoiles filantes leurs sauts

Je plongeai la baie dans le torrent

Jusqu’à y prendre une truite d’argent

Quand je l’eus posée là par terre

J’allai pour remettre le feu en flammes

Mais quelque chose bruissait là par terre

Et quelqu’un appela mon nom :

Ce fut soudain une pétillante fille

Des fleurs de pommier aux cheveux

Qui appela mon nom puis s’en fut

Disparut dans les brumes de l’aube

Or bien que vieilli de voyages

Par basse terres et hautes terres

Je trouverai où elle se cache

J’aurai ses lèvres prendrai ses mains

Et j’irai le long des longues herbes mures

Cueillant jusqu’au bout du temps et des temps

Les pommes d’argent de la lune

Les pommes dorées du soleil

. »

La chanson du voyageur Aengus, William Butler Yeats

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© écriture de poète, manuscrit WBY

…jour 111,

Chema Madoz

Chema Madoz

Chema Madoz

Chema Madoz

 Lorsque la rose qui nous émeut
chiffre les termes du voyage
lorsque dans le temps du paysage
s’efface le mot qui dit neige,

un amour nous reconduira
jusqu’à la barque du passage,
et dans ces lèvres sans message,
ton signe ténu s’éveillera.

Je suis en vie car je t’invente,
alchimie d’aigle dans le vent
au ras du sable et la pénombre,

toi dans cette veillée tu animes
l’ombre avec laquelle tu m’éclaires
et le murmure qui m’imagine

.

Chema Madoz

Chema Madoz

   Dans la voûte du soir chaque oiseau est un point du souvenir.
Je m’étonne quelquefois que la ferveur du temps
revienne, sans corps revienne, déjà sans but revienne ;
que la beauté, si brève dans son amour violent
nous réserve un écho lorsque la nuit descend

…/…

Julio Cortázar, poèmes extraits de Crépuscule d’automne, (trad. Silvia Baron Supervielle)

…jour, 82

elgar boart

« Si nous étions dans un conte, si « il était une fois j’étais un géant » et que je voyais tout, dans le même instant il y aurait toi cheminant sur les routes caillouteuses de la chaîne de montagnes de l’Hindu Kush, dans un pays que je ne connais que par tes résumés en 1/100e de secondes, et puis moi, butte Montmartre, où les tissus du Marché Saint Pierre ne peuvent rivaliser avec les broderies raffinés des étoffes d’Ahmad. A vol d’oiseaux, nos pas se toucheraient mais nous ne le saurions pas – sauf au creux de notre ventre, au bas du dos, au centre de nous, entre l’espace de notre silence et celui de notre présence que l’on ressent. Pourquoi n’est-elle pas répertoriée cette vie au-delà de nous, de notre vue, cette vie que l’on ne peut regarder ni palper, mais qui est ?

Les façades grises, poreuses, où les aspérités, les poussières de feuilles, de mémoires, de rires et de rages, s’enchainent à l’allure de mon souffle, gravitation de ma caresse, de ce cou ceint d’une chaîne, de ces veines où palpite le sang que je ne goûterai peut-être pas. Condamnée à la rêverie, juste à l’idée de, au monde fantasmagorique, je suis lancée dans une course de haies, vers mon échec inévitable, et je sens contre mes jambes, dans mon saut, le choc dur du bois et du métal, les hématomes imprégnés de désillusion : la réalité raisonnable

. »

L’éclat, (extrait)  Agathe Elieva