…jour, 139

tumblr_n6p7yw2eqi1sa7d1io1_1280

(Je marche. La pluie goutte à goutte tombe et donne son enveloppe sonore à mes pas, métronome implacable, plus rien d’autre, un semblant de mouvement caché dans la brume du soir, un chevreuil, hérisson, oiseau, une ondulation de mon corps qui m’aurait échappée, ma mémoire trébuchante, le souvenir d’une caresse le long de mon bras, l’épaule dessinée,  nuque, mèches, oreille et lobe, ma joue, mes lèvres embrassées. Je marche jusqu’au jour où le soleil se lèvera)

Agathe Elieva, la tôle et l’exil

…jour, 137

tumblr_nzo3goN9O01qjw9d0o1_1280

Athanasios Gatos

J’ai de la chance tout se confond dans ce ciel d’argent, ces étincelles sur l’océan, tout s’y noie. Je ne fais qu’apercevoir la lumière, à la surface, ailleurs. Il n’y a même plus de larmes, de rancœur, de palpitations quelconques. Il n’y a plus de pincement ou d’envie. Je suis eaux profondes, m’évapore, ma forme fluctue suivant le mouvement de ton corps, tes bras, tu plonges, je m’écarte, t’englobe, je suis la mer et ses vagues, je m’échappe et glisse lorsque ta main brasse, tes cuisses battent l’écume, je ne suis rien, tout, je ne vis plus.
J’ai de la chance, la lumière affleure les flancs de ma peau, je ruisselle, je ne pleure pas, ce sont les gouttes d’eau qui scintillent au soleil.

Agathe Elieva, L’éclat, extrait

…jour, 113

tumblr_mqku45ScvH1qdl9q3o1_400

 » Et puis tu as laissé le monde déverser sa rancœur entre toi et moi. Tu n’étais pas le premier; je ne serai pas la dernière. Je joue avec un petit caillou poli par le mouvement des vagues successives, il est là, offert, au fond de la poche. Je caresse la rondeur devenue possible par la somme de ces instants, loin des remarques par en-dessous, des regards par au-dessus. Indifférence, facilité, lâcheté.

Un jour, tu as laissé faire, lâchant la bride au cou du plus offrant : le plus offrant n’était pas moi.

J’attends. J’entends. .

Il y a une fête dans la rue voisine. Je pense à la fête dans une autre fête du poète. Me dis une nuit dans la nuit. Le silence dans son silence. Le silence dans ma parole.

Je me dis, la lumière nue et me laisse bercer par le vent des eaux premières.

Un jour tu verras, je saurai composer des phrases simples, directes, sans bafouille ni méandre, j’écrirai comme un homme – c’est ce qu’ils disent qu’il faut faire, les hommes. Je t’entends soupirer; oui je cherche encore. Opiniâtreté absurde de celui qui refuse de voir que le temps n’est plus le sien

. »

la tôle et l’exil, Agathe Elieva

…jour 111,

Chema Madoz

Chema Madoz

Chema Madoz

Chema Madoz

 Lorsque la rose qui nous émeut
chiffre les termes du voyage
lorsque dans le temps du paysage
s’efface le mot qui dit neige,

un amour nous reconduira
jusqu’à la barque du passage,
et dans ces lèvres sans message,
ton signe ténu s’éveillera.

Je suis en vie car je t’invente,
alchimie d’aigle dans le vent
au ras du sable et la pénombre,

toi dans cette veillée tu animes
l’ombre avec laquelle tu m’éclaires
et le murmure qui m’imagine

.

Chema Madoz

Chema Madoz

   Dans la voûte du soir chaque oiseau est un point du souvenir.
Je m’étonne quelquefois que la ferveur du temps
revienne, sans corps revienne, déjà sans but revienne ;
que la beauté, si brève dans son amour violent
nous réserve un écho lorsque la nuit descend

…/…

Julio Cortázar, poèmes extraits de Crépuscule d’automne, (trad. Silvia Baron Supervielle)