…la lettre nue, 26

maxresdefault

Iannis Xenakis

« Chère Mâa,

j’ai lu ta lettre avec joie. Tu me manques beaucoup mais ce qui me console c’est la qualité de ton caractère, droit, fort et intelligent, malgré déceptions et tristesses qui sont notre lot à tous. Il faut apprendre à déjouer notre tendance à rêver bêtement donc à être déçu. Il est plus difficile mais combien plus lumineux de se hisser à une clairvoyance des choses et des gens donc de nous-même beaucoup plus profonde que celle où notre paresse quotidienne nous entraîne. Mais cette clairvoyance, ce sang froid du regard ne doit absolument pas amortir, fléchir, abattre notre action éperdue. Donc il faut se dédoubler mais rester un à la fois. Je dis ça parce que c’est mon expérience renouvelée donc toute fraîche dans les misères de mes échecs ou de ceux que je rencontre. Toi qui as tant de talent dans l’œil et la main tu laisses filer le temps. Nous sommes de la race de ceux qui sont foncièrement inquiets à perpète.

Le seul moyen de s’en sortir est de vivre avec cette angoisse en la détournant vers l’action de la main et de la tête. Pas de passivité, c’est la mort. Se délecter dans le passif est une forme de maladie.

(…)

Ne pense pas à la gloire, pense aux choses mêmes, fais-les.

I.X.72″

lettre de Iannis Xenakis à sa fille Mâkhi

publié dans Iannis Xenakis, un père bouleversant de Mâkhi Xenakis, édition Actes Sud

…jour, 85

(c) Lalani Nan

(c) Lalani Nan

 

Petits papiers tressés comme une couronne de fleurs d’oranger.

Tu disais, épines et morts, tes mots clament la destruction. Et puis tu disais, ils brûlent et calcinent.  Tu ne pouvais le reconnaître, il ne s’agissait que d’amour, mais tu ne pouvais pas, évidemment, non, tu ne pouvais pas. Encre sympathique, c’est un tatouage inépuisable que celui de la tempête et des roulis de la possession. Manipulation archaïque de la maternité. Il faudra bien un jour se décoller de ton joug, placenta d’une douceur amère, devenir orphelin, en exil de ta soie délicatement parfumée, Jicky de Guerlain.