…la racine nue, 3

gala dittmar (crédit photographique : Gala Dittmar)

« Et ça déborde au coeur et aux lèvres l’exil, même d’amour. Ce qu’il lui dit, se justifiant une fois de plus par la peau colorée des pommettes et par des yeux couleur d’un lac et ses saisons, Maman, tu verrais… Elle l’interrompt, Rien à voir ! La pluie sur les pavés, la dernière fois tu sais… Il n’en sait rien justement et ne veut plus rien savoir de cette maison lourde, cuite de folie, la canicule anxieuse, ces fièvres d’après-midi dans l’attente d’une température mieux disposée au mouvement.

Aujourd’hui, sa ville s’engorge d’eau et ça déborde des tunnels

. »

Tunnels, Catherine Ysmal (Bookleg Bruxelles se conte, Maelström)

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…la lumière nue, 9

neekwe(@ Neekwe)

Sur la vitre blanchie de gel, des figures éphémères s’incrustent – c’est Nestor qui le remarque – formes végétales, fleurs, là où je verrais plutôt une peinture abstraite en mouvement perpétuel, un écran peut-être sur lequel une matière vivante continuerait de se mouvoir. Les plantes sont du beau, oui, je le vois, mais leur variété importe peu. S’il faut là aussi fixer leur race, accuentant le r, prononcé rageusement, autant prendre un torchon, essuyer la buée à l’intérieur et gratter le givre de la face externe.. Ce n’est que cela après tout : ôter, virer jusqu’à la limpidité du carreau, sa transparence nette au travers de laquelle, ne se voit que ce qu’il y a à voir, existe pour de vrai : le hangar de pierres disjointes rafistolées de couches de béton gris clair au côté droit, le massif d’hortensias droit devant, et plus loin, de l’herbe jusqu’au talus. Pour de vrai. Un langage d’inquisition et d’enfant.

Catherine Ysmal,  Irène Nestor et la Vérité (Quidam Editeur)

 

…la lumière nue 3,

Image

(@Kay Jan)

(…) Immobile ici, je me transporte au milieu de ma forêt. Les oiseaux passent d’une branche à une autre. J’entends leurs piaillements; ils font bouger les fleurs, elles balancent, se plient sous le poids de ceux qui s’y posent. Des cris nets, stridents; des branches craquent comme si quelqu’un venait. Là, je repousse des frontières, le teint de plus en plus vineux, l’habitude de la lumière, du froid, du vent; les ombres déployées en pièces d’orchestre, je décide de l’ordre, inventant des images, créant des sens. Et puis au fur et à mesure, je m’oublie.

Ma forêt, lieu sensible. (…)

Catherine Ysmal, 

Irène, Nestor ou la Vérité (Quidam Editeur)