…le geste nu, 3

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Ernest Pignon-Ernest, Napoli

 

Parce qu’il y a le silence et l’intensité du silence. Le geste sans commentaire, nous ne racontons pas ce que nous faisons, nous posons l’acte. Nous ne parlons de cet acte. Nous enchaînons.

Parce qu’il y a le regard et le choix. La décision. Le désir et la peau. L’autre. Celui dont on se défend, celui à qui on ne peut résister. Palette de violences. Parce qu’il y a la non possibilité de faire autrement. L’acte posé qui en appelle un autre. Collier ou chaîne de notes éparses, nous créons notre vie tout au beau milieu de la jungle sanglante.

Au milieu de la sauvagerie, coule l’amour

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Ernest Pignon-Ernest, La pieta di Pasolini

…jour, 96

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« Il y a une loi de beauté qu’il importe de ne pas oublier. Malgré l’effort de quelques-uns, nous semblons marcher vers cet oubli, tant la Médiocrité – monstre à mille têtes – a de fidèles dans les sociétés modernes »

Claude Debussy,

« Je ne suis pas un idiot complet, mais ou par faiblesse ou par paresse je n’ai aucun talent pour la pensée. Je sais seulement comment réfléchir: je suis un miroir … la logique n’existe pas pour moi. Je flotte sur les vagues de l’art et de la vie et je ne sais comment distinguer ce qui appartient à l’un ou l’autre ou ce qui est commun aux deux. La vie se déroule pour moi comme un théâtre où adviennent par séries des sentiments un peu irréels, tandis que les choses de l’art sont une réalité pour moi et me vont droit au cœur. »

Sviatoslav Richter,

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…la lettre nue, 8

P. Lecuire Voir_Nicolas_de_Stael_V1-2828e-346db(P. Lecuire, Voir Nicolas de Staël, Département des manuscrits, BNF, DR)

« Très cher René,

Demain soir, je t’envoie tout ce que Baudier voudra bien me donner. Je n’hésite plus parce qu’ils ont traîné un peu ces trois derniers jours sans raison. Le gris, oui. Les gris de la litho de couverture seront plus denses que ça.
(…)
Voilà, René, j’arrive au bout, un peu sur le tranchant des nerfs, parce que tu devrais avoir tout le livre fait depuis hier, c’est-à-dire, alors que je t’écris, je devrais roupiller en paix et tu m’écrirais, toi ce que tu en penses.
Mon temps, à moi, limite c’était hier.
Ceci dit, je ne te dirai jamais assez ce que cela m’a donné de travailler pour toi. Tu m’as fait retrouver d’emblée la passion que j’avais, enfant, pour les grands ciels, les feuilles en automne et toute la nostalgie d’un langage direct, sans précédent que cela entraîne. J’ai ce soir mille livres uniques dans mes deux mains pour toi, je ne les ferai peut-être jamais, mais c’est rudement bon de les avoir.

Nicolas. »

Paris, 8 novembre 1951, jeudi soir,

Nicolas de Staël à René Char