…jour,157

Teaser n.6 : création contemporaine du festival Quartier du Livre mai 2018

(Bande son InterzOne, Vitalité)

La tôle et l’exil, Agathe Elieva

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…jour, 155

(crédit photographique : Agathe Elieva)

Un peu de rouge dans ta veine sinueuse, un semblant de clarté dans le flou de ta folie, il s’agissait de t’accompagner encore un bout de chemin. Rouge impair et passe. Je monte finalement dans la rame. Tu n’es pas là. Évidemment tu n’es pas là. Comme prévenu, ce sera mon dos que tu apercevras.

…jour, 154

Cité des Bosquets

© Agathe Elieva, cité des Bosquets mars 17

…/… » Éboulis lorsque l’architecture se détruit. Éboulis. Gros tas de caillasses qui nous servirait à reprendre le pouvoir.  Éboulis lorsque le cœur tombe fracassé parce que la main que je t’ai tendue, tu ne l’as jamais prise » …/…

 

La nouvelle Éboulis de Agathe Elieva est parue dans la revue #18 Le Zaporogue de Seb Doubinsky

(Téléchargeable gratuitement ou bien en version papier)

Joie.

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Agathe Elieva, la passerelle 01.18

…la lumière nue, 30

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Entre ciel et terre, Jon Kalman Stefansson ©A.Elieva

« Les montagnes en surplomb dominent la vie, la mort ainsi que ces maisons blotties sur la langue de terre. Nous vivons au fond d’une cuvette : le jour s’écoule, le soir se pose; elle s’emplit lentement de ténèbres, puis les étoiles s’allument au-dessus de nos têtes où elles scintillent éternellement, comme porteuses d’un message urgent, mais lequel et de qui ? Que veulent-elles de nous et peut-être surtout : que voulons-nous d’elle ?

Peu de vestiges évoquent à présent en nous la lumière. Nous sommes nettement plus proches de ténèbres, nous ne sommes pour ainsi dire que ténèbres, tout ce qui nous reste, ce sont les souvenirs et aussi l’espoir qui s’est pourtant affadi, qui continue de pâlir et ressemblera bientôt à une étoile éteinte, à un bloc de roche lugubre. Pourtant, nous savons quelques petits riens à propos de la mort : nous avons parcouru tout ce chemin pour te ravir et remuer le destin. (…)

Contentons-nous de cela pour l’instant, nous t’envoyons ces mots, ces brigades de sauveteurs désemparés et éparses. Elles sont incertaines de leur rôle, toutes les boussoles sont hors d’usage, les cartes de géographie déchirées et obsolètes, mais réserve-leur tout de même bon accueil. Ensuite, nous verrons bien

. »

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson

…jour, 149

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Louise Bourgeois, mood board

La revue singulière Le Jour Dénudé fête ses 4 ans aujourd’hui.

Merci à vous tous qui passez par ici, par hasard, par envie, par curiosité, par inspiration.

…le premier livre pauvre, premier livre nu, premier livre d’artiste est en préparation dans la maison d’alfée…

à suivre

,

*

 

lettre nue, 36

© A.Elieva

J’ai cherché encore pour un peu de temps la phrase d’accroche, le nouveau leit-motiv, thème de quelques mots qui ouvrirait la porte lourde. Rien. Simplement l’odeur de buffet chaud sous lampe rouge de cafeteria, fond de sauce ratatinée au fond de la casserole que l’on ferait semblant de croire haut de gamme, cuivre brillant frotté huile de coude bon marché. Rien que ces petits détails là, et le courant d’air froid du quai à hauteur du panneau « avant des trains courts », grattement de gorge, lorsque tu ne sais plus trop si tu vas tomber malade ou si, là encore simplement, c’est la maladie de la fin de journée, ce mélange de fatigue de harassement et de à quoi bon – cela passera avec la nuit, la résignation, la curiosité du lendemain. On écrira comme la gorge nous gratte, à petites brûlures et voix discrète.

 

la lumière nue, 29

Et puis un jour, l'arbre s'est embrasé

(c) Agathe Elieva

« Le réel goutte à goutte s’enfuit, s’éloigne, se disperse dans le désert de notre île. Elle aussi s’éloigne peu à peu. Je suis condamnée à rêver ma vie. Je trace un sillon dans la cendre du jour et ne peux m’empêcher totalement d’espérer y trouver un bout de verre étincelant, même s’il s’avère coupant comme une promesse déchue, une larme du lien.

Dans mon champs aride, il y a quelques ruines c’est vrai, des fondations comme des tas de pierres éboulées. Tes interruptions, mes tentatives atrophiées et leurs routes désertiques.

*

Le temps s’adoucit, le soleil peine encore à gravir la colline, une plume caresse l’épiderme, la lumière vacillante de la bougie dans son verre rouge. Ce petit photophore aux cerfs gravés que nous avions choisi ensemble, leurs bois comme des volutes baroques, des trajectoires de feux d’artifice, des pensées folles et légères qui sortiraient de notre tête.

*

Le réel doit-il être résolu ? Je n’en suis pas certaine. De nacre s’écorcher, nos vies s’emmêlent et je ne suis pas tombée. Tu voulais que j’ouvre mes ailes, que je tienne debout en-dehors de toi, sans peser sur toi, sais-tu que j’y suis parvenue ? Oui tu le sais. Tu souris. Ma main de mémoire tient, légère, la corde fine où se posent mes pas depuis que je ne tangue plus. Ce lien seul qui peut donner sens à l’absurdité des mécanismes du monde. Je ne veux pas être un fugitif. Le courage et l’audace. Le courage de l’audace. Dire oui. Dire non. L’audace du courage.

*

Maintenant tout peut commencer. Je ne serai pas lâche comme ce lien que l’on achève, dure et coupante comme le silex. Oui, je suis l’enfant rendu fou à force de guetter dans le miroir les silhouettes d’une fratrie de chimères et de fantômes. J’ai traversé la mortelle absence, de ce qui est tout et qui pourtant ne sera rien.

*

Nuance sanguine de la coupe dont les bords sont arrachés à la béance – comme ta dureté cisèle à la lame fine, l’inespérance d’un lendemain possible. Que m’importe à moi les bascules de ta raison lorsque dans mon dos claque la porte, plutôt que la longe ou la laisse.

Qu’il m’est indifférent le gazouillis mondain lorsqu’il n’y a plus que le lit vide et l’enserrement idiomatique de mon cœur lâché aux chiens. Dans cette douloureuse nuance vespérale, où l’étreinte d’une main lâche emplit la chambre, où la robe de soie noire a déjà glissé sur le parquet ciré, que m’importe le pendule de tes choix.

 

Nuance d’une île dont les rideaux ont déjà été tirés. L’étoffe opaline est tissée de molécules d’air où volètent la bruine et le venin. Que m’importe l’or de mes bras s’ils doivent s’étirer sans limite jusqu’à la fin de mon horizon. Je chanterai involontairement l’incantation d’un fragile espoir, délicate brise déposée un instant – un instant seulement – sur l’épiderme. Il s’enfuira de lui-même avec toutes les peaux mortes, cellules desséchées et trainées de sel. Ma réalité revenue.

 

Nuance opaque de l’absurdité, de celle qui nous élance vers la mise en abîme des utopies régulières, banalité des petites choses, étroite pochette de secours, consommation de survie. Elle crachote une toux de poisse et de temps perdu. Délibérément, le tranchant des priorités a pris d’assaut la carcasse de notre demeure. Que t’importe la nuit enveloppante – l’étoile est morte déjà – et la douceur d’une peau lorsque l’exil et l’oubli sont ton entraînement coutumier. Le sabre tranche d’un sifflement de tempête le dos que je te tourne, une nouvelle cicatrice comme un tatouage sera lue par un autre que toi. De son index, il la parcourra sans se douter que c’est ta loyauté que je porte

. »

L’éclat, Agathe Elieva

 

…jour, 147

agathe elieva

Jour, 147. Un 14 juillet.

Comme le flonflon de la fête, découvrir que le travail d’écriture d’Agathe Elieva a fait partie du projet « Ecritures de Lumière » du Centre National de l’Audiovisuel du Luxembourg au printemps 2016, en compagnie de Sophie Calle, Brassaï, Roland Barthes, Gisèle Freund.

L’objet de cette manifestation est d’explorer à partir des collections de la Médiathèque du CNA, différents types de liens tissés entre la littérature et la photographie. Cette relation se construit dès le XIXe siècle sur la base de l’appréciation technique, puis esthétique del’image photographique. Au-delà de la critique littéraire, le potentiel de l’image photographique comme véhicule narratif intéresse les écrivains tels que le symboliste belge Georges Rodenbach (1855-1898) pour son roman Bruges-la-Morte alors que des photographes comme Claude Cahun (1894-1954), embrassent en tant qu’auteurs le support livre afin d’y présenter leurs œuvres.

Le jeu de correspondances entre les deux activités ne paraît que plus vif lorsque Gisèle Freund (19O8-2OOO) déclare du photographe, qu’il « se rapproche du traducteur [et] qu’un bon traducteur doit savoir écrire lui-même » ou que le sémiologue Roland Barthes (1915-198O) propose dans ses ouvrages une « lecture » de la photographie. Exprimé à travers la remarquable association des mots et de l’image cultivée au sein du Surréalisme, ce rapport intime se dégage aussi de l’œuvre d’artistes contemporains comme Sophie Calle ou de l’auteure Agathe Elieva, qui présente sur son blog, des textes illustrés de photographies de Doisneau selon une méthode d’écriture 2.O.

Merci à eux.

« Je crois que j’aurais bien aimé en être informée », dit-elle plus d’un an plus tard lorsque le hasard de la flânerie du web l’emmena vers Dudelange, Luxembourg.

Le Jour Dénudé est très honoré d’avoir été une des écritures de lumière lors de ces journées du livre et de l’innovation.

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©A.Elieva