…la ligne nue, 13

Camion soleil 95

©Agathe Elieva, D170

 »

Tirer le fil de cette ligne nue, fractale 93…

cela a l’air simple hop je tire et deux extrémités de fil se font face, se regardent – impassibles puisque c’est dénué de tout sentiment, un fil – l’Ouest et l’Est avalés en un point unique qui serait situé entre mon pouce et mon index parfois même le majeur – ces doigts qui tiennent le fil, frappent les touches pour tenter de former les mots du fil – ce fil tiré comme une épingle du jeu, un jeu de tarot ce serait le destin entre les mains de la diseuse, ma vie devient la vie que tu vois que tu inscris la vie de ma vie que tu ne vivras pas

non

mon fil tournoie, fait des nœuds, créé d’autres bouts de fil, s’emmêle aux chaînettes, aux cheveux, aux bouts de laine, mes doigts s’embourbent et l’Est défie l’Ouest – je ne suis pas comme toi cousin, nous ne ferons pas partie de la même histoire narvalo

« 

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…la ligne nue, 12

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©Agathe Elieva, Paris 10

 »

le cœur intranquille des colombes

. »

Hrant Dink

index

©Ara Güler – corne d’or 1958

(et ton cœur est dans mon cœur est dans ton cœur est dans mon cœur, habibi)

…la ligne nue, 10

Bondy Phare

©A.Elieva 

« Et puis finalement un soir, c’est arrivé, les sirènes ont enveloppé d’une fréquence insupportable l’ensemble des rumeurs de la ville, de la cité, de l’impasse. L’hélicoptère a joué son contrechant/soutenu par un contreplongé de drone/captation et surveillances. On ne saura que plus tard en contretemps/postprod. une partie méconnaissable des faits. Relayés par des acteurs de 3e zone, avides de bienpensance et de sensations, nous ne reconnaîtrons rien de notre quotidien, étonnés du verdict/tristes des violences/fatigués du fatum. Ils seront assez forts pour persuader l’audience que nous n’y comprenons rien. Gens de peu que nous sommes, petites gens que nous demeurons.

Pourtant plus au Sud de la ville ce soir-là, nous veillions, impuissants et tristes. Le lendemain pourtant, nous étions déjà là, un peu plus affaiblis mais perpétuellement solidaires. Toutes nos humanités rassemblées

. »

…la ligne nue, 9

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…et ton image est mon image qui est ton image… la fenêtre allumée en plein ciel de nuit, ta fenêtre ou la mienne, qu’est-ce que nous aurions dû dire ou faire, de plus, de moins, il suffirait de se poser et d’accepter ce filage de mots simples, un semblant de début, un infime commencement, effiloché de quotidien, une écaille du mur ouest, tu as récupéré ta veste froissée, je n’ai pas osé te dire un mot, je crois bien que j’ai toussé à la place, de la fenêtre la fin de l’hiver et la poussée de chlorophylle se laissent respirer, les jours rallongent lorsque tu emportes avec toi un bout de ma joie, prends tout, je verrai bien si cela repousse comme une mauvaise herbe

…jour, 165

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© A.E. place de la République, 7 janvier 2015

 »

Chaos des jours qui suivent.

Luz hagard sur la place de la République.

La salle du hublot transformée en cellule de crise. Les policiers partout.

Les dessins et hommages qui recouvrent les murs de la capitale, mais l’adjointe à la maire de Paris qui me dit qu’il ne sera pas possible d’afficher le dessin de Cabu sur les panneaux de la mairie parce que « C’est dur d’être aimé par des cons » pourrait heurter des sensibilités.

…/…

Cet avocat sorti d’on ne sait quel placard à dossiers mal fermé, bedonnant cravaté, qui vient nous expliquer ce qu’on peut faire pour lui. Qui se permet de nous engueuler. Qui invite un type de Valeurs actuelles à l’enterrement de Charb et qui m’écrit que je suis aussi intolérante que ceux que nous prétendons combattre.

Quelqu’un qui annonce à la ronde : ça y est, ils les ont eu. Hochements de têtes.

Notre cortège dans les rues vides du 11 janvier. Les applaudissements des riverains qui percent le silence. Les fenêtres s’ouvrent pour brandir des dessins; les policiers crient de rentrer chez soi et les vitres claquent d’être vite refermées. Jul dit : on dirait un calendrier de l’avent. (…)

La beauté de la femme de Luz, sûre d’elle rassurante. (…)

L’organisation des enterrements. Les conflits d’emplois du temps, de lieux, de dates. Les tensions, la fatigue. L’idée monstrueuse et dérisoire de faire un Doodle pour mettre tout le monde d’accord. Foolz qui éteint l’ordinateur en disant Laisse tomber.

Les nouvelles des blessés. Les premiers mails échangés avec Simon sorti du coma, son humour qui nous scie; lui en tout cas, il est Charlie. La rédactrice en chef de Libération nous adresse la chronique de Lançon écrite depuis son lit d’hôpital. Ce que c’est que porter la plume à la plaie. (…)

Des messages de soutien de partout, des cadeaux, des dessins, des livres, des bouteilles de whisky hors de prix sifflées en dix minutes. Parmi les citations de la part d’amis qui ne trouvent pas leurs mots, une phrase de Sony Labou Tansi : « j’exige le courage tragique de se marrer en connaissance de cause ». (…)

La couverture de Luz « Tout est pardonné », placardée partout dans Paris par les kiosquiers. L’envie de la déchirer puisqu’elle me déchire. Mais à force de la regarder, s’habituer. S’y raccrocher comme à un rayon de paix, espièglerie, d’enfance

.

 »

Calme et tranquille, Valérie Manteau édition Le Tripode

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© A.E. les fenêtres du 11 janvier 2015, Canal Saint Martin

…la ligne nue, 8

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©Agathe Elieva, rue Vaillant 93

« …

S’il existait déjà depuis plus d’un siècle des objets fractals – sans toutefois qu’ils portent ce nom – ils n’avaient été créés qu’en tant qu’anomalies ou contre-exemples afin de prouver la non-équivalence de certaines notions*… »

dire qu’il en serait de même d’un territoire géographique, une topologie sensible, certains lieux délaissés par l’arbitraire de quelques-uns, il n’y a qu’un pas. Regarde : je fais un pas. A force de faire balader, on se promène. On serait comme le monstre mathématique, que l’on évoque à mot couvert avant de le domestiquer, avant d’en faire sa terre fertile, son épouvantail politique.

* Larousse, encyclopédie

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©Agathe Elieva, Bagnolet 93

…la ligne nue, 5

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©A. Elieva 

…Ils sont morts au monde et ne le savent même pas…

et j’ingère des petits bouts de beaux en attendant autant que je peux. Ils sont froids mais ce n’est pas si grave. Et puis cela finira par payer, la douceur et l’amour. Je passerai ma main dans ses cheveux, il tournera sa tête comme il le fait sans y penser, le sourire sera franc. Bientôt.

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©A. Elieva

…le jour, 163

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L’étrange histoire du petit homme, exposition à la Mairie du 8e arrondissement, novembre 2014

 »

Ballotté comme une pomme perdue, le petit homme
dévale les venelles, il est une bille multicolore. Son
visage est orange, puis vert, rouge, les néons tordent les
visages de tous ces gens qu’ils croisent. Les lumières
forment une bande passante – lui qui ne jouait qu’avec
son ombre, il devient oiseau de paradis.
Tout en haut de la ville, au plus près de la montagne,
l’homme-aux-cartons stoppe leur marche devant un
lourd portail de bois écorné. Sa main chaude se retire
de l’épaule frêle du petit homme. Elle cède la place au
souffle frais du vide. Ils sont arrivés à la maison des
enfants perdus, là où l’on dépose les petits hommes qui
n’ont pas encore grandi.
Le géant fait sonner le carillon. La mélodie est acide,
comme la salive que le petit homme peine à déglutir
lorsque qu’il ne ressent plus que le gel du niederwind.
Ses mains sont glacées, sa manche ne recouvre plus
aucun de ses doigts. Il tire dessus, et cela ne sert à
rien. Il baisse les yeux et recueille une feuille tombée du
manteau du vieil homme. Il a déjà disparu dans le noir de
la ville. Le petit homme est seul dans la nuit à entendre
le crissement des pas sur le gravier. Son coeur bat la
chamade, et porte son espoir. Le chemin de cailloux
semblent long, les pas de l’autre côté s’enfoncent
lourdement, il entend des clés tintinnabuler.
Soudain un ogre apparaît, le toise, le pousse devant lui
jusqu’à la bâtisse au bout de l’allée

.

 »

L’étrange histoire du petit homme, Agathe Elieva © Rémy Disch et Lorène Soudier