…jour, 116

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 » Je marche, j’entends la tôle et je marche. Un brin de laine, fil échappé de l’écharpe, irrite ma gorge. Je ne veux pas tousser, je ne veux pas que l’on remarque que je marche, on me dirait que je cours, je ne veux croiser aucun regard. Je courbe les épaules et replace ma capuche, je serre les poings, reprends mon rythme. Foulée, souffle, poings. Je dessine mon île dans les rues gagnées par la nuit, le silence et l’hiver. J’avance et tiens. Comme depuis cinq ans. Il y a cinq ans je me suis mis à marcher, tu es restée sur le quai. La rame en mouvement a signé ton immobilisme. Je t’ai enfin vue. Figée et sèche. Je me suis mis à marcher, fuyant tes serres et le mensonge. La fuite m’a emmené dans d’autres villes, avec d’autres gens, d’autres filles, aucune mère. Je m’appelle Eugène, je marche, mes poings aux os déformés frappent la peau, et j’entends chaque nuit la tôle qui se froisse, la vis qui tombe et sa peau déchirée

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A propos le jour dénudé

…Entre nuit & jour, une matière brute, un peu d'éclat & quelques plumes : le jour dénudé, une revue nue et singulière au fil des heures, petits détails infimes sortant de l'ombre. Il y a le jour dénudé, le journal & son travail d'écriture. Il y a aussi quelques thèmes. Parce qu'ici nous avons des lubies, on cherche, on tâtonne, on écoute les résonances, entre le sonore et l'insonore, dans l'espoir jamais tari de nouvelles contributions croisées (de l’œil, des sens, une idée). Direction artistique & crédits photographiques (sauf mention autre) : Agathe Elieva